
[Toujours plus vite, toujours plus fort ?]
L’information a toujours eu pour essence d’être rapide. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faille s’exonérer de toutes les règles de prudence et de déontologie.
Il y a des journalistes qui sont retenus en otages, parfois de longs mois, pour tenter d’informer le public dans des zones de la planète où l’information n’a pas, si l’on ose dire, bonne presse. Dans le même temps, il y en a d’autres qui n’hésitent pas à espionner des citoyens, et même des citoyens morts, histoire de publier des « informations » supposées croustillantes. Ces pratiques nauséeuses sont le fait non pas d’un site internet trash mais de la rédaction d’un des fleurons du premier groupe de médias au monde, News Corp, dirigé par Rupert Murdoch.
C’est dire à quel point l’information peut sembler dangereuse aux yeux de certains, mais que le danger principal qui la menace est moins la violence d’extrémistes, certes abominables mais somme toute marginaux, que les pratiques professionnelles discutables de certains confrères. Or il faut le dire : ceux-là mêmes qui sont prompts à dénoncer les dérives qu’ils attribuent au web (« la pire saloperie jamais inventée par l’homme » selon le publicitaire Jacques Séguéla) n’ont pas de problèmes avec des médias bafouant les règles déontologiques les plus élémentaires. Ils accusent le web d’entraîner les médias dans une folle course à la vitesse, alors que la vitesse en tant que telle a toujours fait partie de l’information. Les médias ont constamment cherché à publier de l’info fraîche.
Ni l’invention de l’agence de presse moderne au xixe siècle ni celle de la radio au xxe – autant de médias dont le principe de base est la rapidité de « délivrance » de l’information – n’ont à l’époque entraîné de telles polémiques.
Il s’agit donc moins à nos yeux de débattre de la vitesse de l’information que de sa validation, de sa vérification, de son recoupement. À l’heure où, pour les journalistes, la concurrence est à la fois multiforme et multisupport, le respect rigoureux des devoirs et usages professionnels nous semble déterminant. Mieux comprendre Twitter, par exemple, veut dire aussi mieux comprendre à quel point Twitter peut être une source précieuse d’information et de diffusion. Mais « twitter » une info ne signifie pas renoncer à la creuser, à l’approfondir, à l’angler, à la restituer avec style et pertinence à ses lecteurs, qu’ils soient sur le papier ou sur le web, sur une tablette ou sur leur mobile.
Notre démarche à l’emi, comme journalistes et comme formateurs, est donc aujourd’hui double. D’abord doter nos stagiaires – qu’ils viennent pour une journée ou pour une année – de bases professionnelles solides, quel que soit le métier choisi, rédacteur, secrétaire de rédaction, graphiste, éditeur de sites, photographe, iconographe, vidéaste. Ensuite leur faire découvrir les outils facilitant les nouvelles formes de journalisme, ouvrant un champ souvent passionnant de possibles sur le numérique. Et, cependant, ne jamais oublier quelques règles de base : un petit coup de fil vaut mieux qu’un long discours, et l’on sera souvent plus créatif en passant une heure dans un bistrot qu’en s’abreuvant d’infos à la chaîne pas toujours pertinentes ni même souvent… vérifiées. CQFD.
Jean Stern, Directeur pégagogique de l’emi
l'école des métiers de l'information.cfd- 7/9
rue des Petites Ecuries 75010 Paris
Téléphone : 01 53 24
68 68.
Mail : emi@emi-cfd.com
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