
[Quand la photo est bonne]
Une image sinon rien
Entre la rescapée de Fukushima, l’arrestation de DSK et Barack Obama dans la War Room pendant la traque de Ben Laden, que reste-t-il des images que nous voyons quotidiennement ?
Sur-médiatisée, sur-diffusée, sur-analysée, sur-photographiée, la catastrophe de Fukushima ne laissera probablement qu’une image : celle de la jeune rescapée, enroulée dans sa couverture, les yeux perdus dans le vide, debout parmi les décombres.
Et l’affaire DSK, l’image d’un homme, le regard hagard, les épaules voûtées, sortant menotté du commissariat de Harlem escorté par deux policiers. Et la traque de Ben Laden, une série de regards rivés sur un écran hors cadre où l’assaut contre le chef d’Al-Qaida est diffusé en direct. Nombreux sont ceux qui se sont offusqués de voir ces images uniques à la une de la majorité des quotidiens et des magazines du monde entier et ont tiré à boulets rouges sur les directeurs artistiques, maudissant le manque de moyens des services photo, anticipant la fin de la pluralité photographique. C’est oublier un peu vite que ces images et ces histoires ont dopé les ventes de nombreux quotidiens. Les guerres, les drames personnels, les victoires sportives, les exploits techniques et les mariages princiers se résument depuis des décennies à quelques images, parfois à une seule image. C’est un fait.
Alors cessons d’être hypocrites !! Quand une photo est « bonne », quand elle résume une histoire, quand elle possède cette force iconique, pourquoi bouder son plaisir ? Pourquoi, au nom d’une posture, devrait-on se retenir de dire : cette photo est une plaque, elle doit être vue !!
L’iconographie a certes vocation à faire des choix et à lutter contre une certaine pensée unique. Mais, à prendre le contre-pied – quelquefois par principe –, elle tombera dans le même travers en répliquant des modèles qu’elle dénonce. Avec, en filigrane, le risque de se couper du monde, de ne proposer qu’une iconographie d’initié.
Tout comme la photographie, l’iconographie s’adresse à tous. En cela elle doit montrer, refléter, aller à contre-courant et quelquefois suivre le courant.
Gilles Collignon, responsable des formations Iconographie
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